J’avoue, j’ai été très tenté de faire un titre clickbait sur ce coup… et je me suis retenu avec difficulté.

Alors voilà, j’ai eu l’occasion, grâce à Loic Beauvillain, de prendre en main ces nouvelles lunettes Thinkreality A3 de Lenovo, et voici un petit résumé de cette expérience.

Pour poser le décor, je manipule de manière plus ou moins régulière des Lenovo A6, les ancêtres des A3 donc. Et j’ai eu de multiples occasion de tester des Hololens 1 & 2, mais pas de manière prolongée. Je suis un tech, pas du tout du côté développement, et j’ai essayé de me positionner en tant qu’utilisateur des lunettes relativement standard.

Je vais essayer de relater l’expérience en deux temps : le matériel, puis la partie logicielle. Cela pour au moins une bonne raison : le matériel est encore une partie très importante sur ce marché de l’AR qui se cherche beaucoup.

Le matériel (un unboxing! :) )

Au premier abord, le pack A3 arrive dans une petite mallette, similaire à celle des A6, mais bien plus petite, environ 5cmx5cmx15cm (une petite trousse de toilette, ou un très grosse boite de lunettes). Cette mallette permet d’embarquer les lunettes elles-mêmes, ainsi que les accessoires : branches et nez de rechange, verres adaptés à votre vue, câble de connexion.

Un point important, les lunettes ne sont pas autonomes. Elles devront être raccordées soit à un smartphone, pour un usage mobile, soit à un PC pour un usage “bureautique”. Je reviendrais sur les usages dans la partie logicielle. Et donc, la mallette ne contient pas le smartphone ni aucun module de compute.

A la première prise en main, les lunettes sont légères (180g environ). Pour positionner le débat :

  • Lenovo A3 : 130g (tiens, visiblement les informations diffèrent, et je n’avais pas de balance)
  • Lenovo A6 : 380g (sans le module compute déporté)
  • Hololens 2 : 566g (complet, avec batterie et compute embarqué)
  • nReal Air : 80g annoncés (mais ce ne sont qu’un écran, aucune caméra ni capteur, et pas de compute)

Tout cela pour dire qu’on est dans du léger pour ce genre d’appareil, mais loin des 30g d’un paire de lunettes de vue. Mais revenons à notre mallette.

Nous avons deux paires de branches pour ajuster la longueur et le serrage autour du crane. Les lunettes ne font pas le tour de la tête mais se portent comme des lunettes classiques, les branches permettent effectivement d’être plus à l’aise, et de mieux tenir les lunettes lorsque l’on est en mouvement. Nous avons également plusieurs supports pour le nez, pour ajuster le confort.

Quelques dernières informations avant de les essayer : il n’est pas possible de porter des lunettes de vue ou de protection en plus des A3. Cela a deux conséquences :

  1. Pour les verres de correction, Lenovo fournit un exemple de support, qui permet de faire fabriquer des verres à votre vue. Il faut compter entre 200 et 300€ pour cela, ce qui n’est pas négligeable.
  2. Pour les verres de sécurité, les A3 sont compatibles avec la norme ANSI Z87.1, grâce à des petites ailettes qui ferment le champ sur les côtés. Cela ne valide pas un usage en protection contre les explosions ou pour la plupart des salles blanches, mais permet déjà de les utiliser en milieu industriel “simple”.

Enfin, pour conclure sur les accessoires et enfin les enfiler, les lunettes arrivent avec deux types de “verres” en frontal : soit transparents, pour un usage en mode AR le plus ouvert possible (on voit à travers et donc on voit le monde qui nous entoure), soit sombres, ce qui permet de simplifier certains usages plus immersifs. J’ai testé les verres transparents uniquement.

Donc, enfilons ces lunettes! Et bien, c’est très léger, évidemment, on ne les sent pas comme un casque, même si elles sont posées sur le nez. Cela peut même être un peu traitre, car on ne perçoit pas forcément le volume que les lunettes représentent en avant de notre visage. regardez donc sur la photo (et inutile de commenter le modèle qui porte les lunettes :) ) :

On peut voir que le port d’un casque de sécurité est largement compatible, tout passe très bien.

Le champ de vision (réel, je ne parle pas de l’affichage intégré) est assez large, on a juste une barre sombre sur le haut des yeux. Il ne semble pas pertinent de porter les lunettes lorsque l’on se déplace et que l’on n’a pas besoin de l’affichage, d’autant plus que les lunettes se remontent simplement sur le front de manière rapide.

Ce que l’on ne voit pas : il y a un câble (usb-C), qui relie les lunettes à l’appareil choisi (smartphone ou PC). Ce câble se connecte sur la branche gauche des lunettes et est guidé derrière l’oreille, pour aller ensuite vers l’appareil. C’est vraiment bien fait, aucune gêne même en mouvement.

Après un certain temps de port (j’ai du garder les lunettes une petite heure) on ne sent pas vraiment le poids, c’est uniquement lorsque je les ai enlevées que je me suis aperçu de la pression ressentie sur le nez. Rien de douloureux, mais la sensation est restée. Cependant, je n’ai pas testé avec des supports différents, on doit pouvoir trouver un bon compromis, je pense.

Passons donc à la partie logicielle et usages réels!

L’usage en conditions!

Comme je l’indiquais, deux modes d’utilisation sont prévus : mobile et PC.

Le mode mobile est similaire à ce que l’on connait déjà, pour les usages en tout cas, avec des Hololens, des Thinkreality A6 etc.

Le mode PC est entièrement nouveau, et ouvre un potentiel assez incroyable!

Commençons par le mobile (oui, je fais comme les émissions de télé, je garde le plus croustillant pour la fin, il faut bien que je gagne ma vie :) ). Pour cet usage, vous devez connecter un mobile compatible et configurer vos applications. J’ai triché un peu, le mobile de Loïc était déjà prêt, je n’ai pas pu expérimenter la première utilisation. Une remarque cependant : pour le moment, un seul mobile est compatible, le moto g100. Cela va évoluer, mais c’est à prendre en compte dans un usage entreprise, pour l’intégration à une flotte de mobiles. Cela m’amène à une seconde remarque intéressante : Lenovo fournit une plate-forme de gestion des outils et applications XR (par ailleurs la plate-forme la plus complète et utilisable dans ce domaine, mais ce n’est pas le sujet du jour ;) ), mais ce fonctionnement des A3 en tant qu’écran un peu spécifique permet de gérer l’appareil au sein de l’IT comme un mobile parfaitement classique, sous Android.

Donc, on connecte le câble au smartphone, ça démarre. Et là, premier gros gain par rapport à des A6 ou des Hololens : on a un smartphone comme commande. plusieurs avantages : beaucoup d’applications compatibles, et un contrôle plus simple. Toutes les opérations d’authentification par exemple peuvent se faire en s’aidant du téléphone (ceux qui ont testé un clavier virtuel où l’on sélectionne les lettres une à une pour entrer une adresse email ou un mot de passe complexe me comprendront). De même un bonne partie des réglages peut se faire depuis l’application mobile.

L’écran d’accueil des lunettes permet de lancer les applications et d’accéder aux paramètres. C’est clair et simple, pas de grosse prise de tête. On retrouve cependant un petit souci déjà connu sur les A6 : le comportement des mires de sélection d’un élément (lancement d’une application ou sélection d’une icône) n’est pas toujours homogène entre les divers menus. Rien de grave mais c’est parfois un peu déroutant. En tout cas, le premier abord a énormément progressé par rapport à une A6.

Pour tester la partie logicielle, plusieurs options se sont offertes : Microsoft Teams, Holo One Sphere ou Ducati. J’ai évité les deux premières, Teams car je ne voulais pas voir les discussions et collègues de Loic :), et Holo One car il m’aurait fallu configurer un compte sur mon PC à appeler. Donc allons-y pour Ducati et l’application qui permet d’explorer un modèle 3D d’une moto.

La luminosité et la résolution de l’image sont bluffantes. J’aurais aimé pouvoir vous montrer cela, mais encore un peu compliqué. On a vraiment l’impression que le modèle est présent, on tourne autour, on s’approche pour mieux voir à l’intérieur… c’est la première fois que je vois cela. La démonstration est assez simple, mais on ressent bien le potentiel d’usage vraiment efficace en entreprise : collaboration en AR, affichage de guides et procédures en parallèle de la réalité etc… Une petite note d’ailleurs : comme il est possible de recentrer simplement (grâce au smartphone) la vue virtuelle, il est très facile de replacer les objets par rapport à l’environnement physique afin de mieux les voir ou de mieux travailler. Cela parait anodin, mais dans un usage réel, c’est assez capital.

Je n’irais pas beaucoup plus loin dans les usages mobiles, nous connaissons déjà bien ces différents cas et applications possibles. Par contre, pour ce qui est du PC…

Sans page de pub, Loic me connecte les lunettes à son PC (encore une fois préconfiguré, j’ai gagné du temps). Et là, BAM!

Premier essai : un écran virtuel. On duplique l’écran du PC, dans les lunettes, mais en plus grand! En gros, vous passez d’un écran de 30-40cm à un écran de… plusieurs mètres? Je n’ai pas les chiffres exacts, mais le problème en devient la résolution et la taille des caractères.

Bon, pour être honnête, on se heurte rapidement à un problème de taille : l’écran est tellement grand qu’il ne rentre pas dans le champ d’affichage des lunettes. Il faut trouver le bon compromis entre la taille de l’écran, la taille des caractères (si on veut lire) et les mouvements de tête nécessaire pour parcourir l’écran. Mais c’est impressionnant, la luminosité est encore très bonne et on se retrouve à penser à regarder un film tranquillement dans un train ou un avion, avec un petit home cinéma dans la poche! Oui, ce n’est pas forcément le premier usage professionnel qu’il va falloir démontrer, mais bon, difficile de ne pas y penser.

Et ce n’est pas fini, en mode PC, vous pouvez aussi simplement ajouter des écrans virtuels, jusqu’à 5 il me semble, pour faire un mode multi-display immense. Oui, Minority Report, on y est presque. J’ai testé avec 3 écrans, c’est pas mal du tout :) On est en affichage très grand, complètement confidentiel, avec possiblement zéro recul nécessaire (on reparle du train ou de l’avion? Ou bien même d’un environnement industriel par exemple?).

En synthèse

Oui, je vais faire une synthèse, sinon je vais écrire un livre complet!

La partie matérielle est vraiment intéressante, on avance clairement dans la portabilité et le confort. Le choix du compute externe semble être la bonne direction, plusieurs constructeurs allant par là. Ce ne sont pas encore des lunettes que l’on va porter toute la journée, il me semble, mais on va aller au-delà de ce qui se fait actuellement. Les réglages de luminosité, distance etc. permettent un bien meilleur confort que les générations précédentes et la légèreté rend les mouvements du porteur bien plus naturels.

La partie logicielle ouvre des potentiels énormes, que ce soit sur mobile ou sur PC. C’est encore un début, un énorme travail va devoir être effectué (par l’ensemble du marché) pour travailler sur ce qui sont des nouvelles interfaces et des nouveaux modes d’interaction.

Et après?

Il me faut maintenant tester ces appareils sur des temps de travail plus long. Pour plusieurs objectifs : confirmer le confort matériel (poids, vision, gestion de l’espace et de l’équilibre etc.), confirmer les points de vigilance par rapport aux usages, et confirmer le potentiel du mode PC. Pour ce dernier, en effet, on ne travaille par sur un PC pour quelques minutes, mais des journées entières. Je voudrais donc valider cela et imaginer quels sont les usages réels et les populations qui bénéficieraient de ces nouveaux modes d’interaction.

En tout cas, merci à Lenovo et Loic, pour le test et pour tout le travail effectué sur ces lunettes! L’avenir approche!