L’heure est à l’inquiétude face à la reconnaissance faciale. La Chine nous inquiète par ses pratiques de contrôle permanent, l’Europe et la France suggèrent de l’interdire pour quelques années, le temps de bien poser la réflexion et les enjeux, et pourtant les applications se multiplient. Forcément, l’idée de ne plus pouvoir être anonyme, d’être tracké dans la moindre de nos actions peut inquiéter. Sans être un dissident, je n’ai pas forcément envie qu’un gouvernement, ou une entreprise transnationale, puisse tout savoir de moi. Sauf que, il est déjà trop tard. Pas pour la reconnaissance faciale, mais une technologie bien plus simple et déjà très établie vous tracke en permanence : votre smartphone. Le pire, c’est qu’il le fait à votre demande, ou en tout cas avec votre accord. Nous avons pour la plupart activé le GPS de notre téléphone, et accepté que notre position soit partagée avec certaines applications. Mais savez-vous lesquelles à un moment précis ? Et savez-vous ce que les entreprises qui collectent ces données en font ? Et savez-vous ce que ces données indiquent ? Petit tour d’horizon d’un monde digne de 1984. Commençons simplement : vous avez sûrement installé Google Maps, et accepté de partager votre position avec cette application. Cela semble une évidence pour son utilisation correcte. Avez-vous déjà vérifié ce que l’application enregistre à propos de vous sur le Cloud de Google ? Rendez-vous, via leur site web, sur votre historique de cartographie. Vous pourrez ainsi constater que la firme californienne possède parfois un historique de vos déplacements remontant à plusieurs années. A priori, Google est une société en qui nous devrions pouvoir avoir confiance, et qui ne devrait pas partager ces données avec n’importe qui. Ces données ne servent en principe qu’à vous aider lors de vos recherches ou de vos déplacements, et à « améliorer » les services Google. Qu’est-ce qui se cache derrière ce terme, Améliorer ? Bonne question. Pour le moment, il s’agit surtout de mieux cibler les publicités qui vous sont présentées. Seulement rappelez-vous Cambdrige Analytica. Pour résumer, cette société a acheté des jeux de données similaires à Facebook, et les a utilisés pour définir des profils d’électeurs. En fonction de leur lieu de vie, de leurs relations, des groupes qu’ils suivent etc, Cambridge a ensuite défini avec son client (un certain M. Donald T.) quelles étaient les meilleures communications à envoyer pour inciter ces personnes à voter pour eux, ou bien à ne pas aller voter du tout. Si l’on en croit les résultats de cette élection, ou bien ceux du référendum du Brexit en 2016, il semble que la méthode soit efficace. Seulement, vous allez me dire : pas de ça chez moi, je suis attentif et éclairé et je garde mon objectivité. Alors rendons-nous à l’étape numéro deux. Avez-vous déjà vérifié quelles applications ont accès à votre position sur votre smartphone ? Il est si vite fait d’accepter des conditions lorsque l’on veut utiliser sa nouvelle application. Je vous invite à le faire. En fonction de votre téléphone, le menu est différent mais vous devriez rapidement trouver une liste des applications qui possèdent cette autorisation. Vérifiez dans la liste si chacune des applications est bien légitime à collecter votre position, et sous quelles conditions. Cela peut sembler un peu extrémiste, surtout dans notre métier de s’inquiéter de cela. Je ne peux que vous conseiller la lecture d’un excellent dossier du NY Times dédié à cette problématique : https://www.nytimes.com/interactive/2019/12/19/opinion/location-tracking-cell-phone.html Comme nous ne sommes pas reporter, je vous propose de rester dans le domaine de la théorie. Vous avez installé des applications, dont certaines vous réclament l’accès à votre position, d’une manière qui semble légitime. Vous êtes vous demandé ce que les entreprises qui publient ces applications font de ces données ? La loi n’est d’aucune aide, pour le moment, car vous avez accepté le partage et la société a sûrement écrit de belles conditions d’utilisation. Conditions que vous n’avez pas lu, comme tout le monde. Et quand bien même, le texte doit contenir une vague référence à un usage sécurisé et raisonnable de vos données, pour l’amélioration de vos services. Bon, inutile de pleurer sur le lait renversé, ce qui est fait est fait. Vous vous dites sûrement : mais qui peut bien s’intéresser à mon parcours quotidien, et se passionner pour ma visite hebdomadaire au club de gym ? Soit dit en passant, il est étonnant que chaque visite au club de gym ne dure que 30 minutes, alors que vous aviez dit à votre cher.e et tendre que vous feriez une heure de sport par semaine. D’autant plus que chaque visite à la salle est suivie d’un arrêt à la boulangerie. Mais cela ne nous regarde pas. Prenons le problème dans l’autre sens : si je suis quelqu’un de mal intentionné, je peux acquérir des fichiers contenant les données de positionnement de milliers de personnes, moyennant quelques centaines ou milliers de dollars. Il existe quelques dizaines de sociétés qui vendent ces données de manière tout à fait légale. Etonnamment, ce sont elles qui fournissent des services d’applications gratuites, ou des kits de développement permettant aux auteurs d’application de mieux monétiser leurs propres services. Rappelez-vous : si le produit est gratuit, c’est que vous êtes le produit. Nous pouvons rester rassurés malgré tout, ces données sont dites anonymisées. C’est-à-dire que le collecteur en a retiré votre email, votre nom… pour ne laisser qu’un identifiant unique mais anonyme. Personne n’a de moyen de savoir que
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